TsuiokuHen

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Tsuioku Hen OAV, L'arcane de la série Rurouni Kenshin par Rraph

Ce texte a été également posté sur les forums d'Animeland [1]

Remerciements à Yan et à Guillaume pour leur conseils et leur relecture.


Le passé troublé de Himura Kenshin est pleinement révélé par cette série de quatre O.A.V. Ce passé qui est la base de l'oeuvre de Nobuhiro Watsuki. Leur sortie au Japon en 1999 correspondait à l'année où fut publié le dernier volume de cette série. Ils mettent en lumière la philosophie de l'auteur contenue dans les 28 tomes.


Le contexte historique du "manga" rajoute un intérêt certain pour les spectateurs occidentaux. Les "anime" sur l'histoire du Japon sont peu courants sous nos longitudes. De plus, le réalisme matériel très poussé des décors, objets et tenues permet un véritable voyage dans le passé.


Ce qui va suivre va tenter de mettre en lumière ce qui fait de "Rurouni Kenshin tsuioku hen", "r.k.t.h.", une oeuvre artistique à part entière et même un chef d'oeuvre.


Remarque : Malgré les source réunies, l'auteur ne garanti pas l'exactitude des informations historiques.


Un des charmes du manga est qu'il ne correspond à aucun standard ("shonen", "shojo", ...), du moins, dans les premiers volumes. Les quatre O.A.V. évitent complètement les clichés "shonen", en particulier, et ceux de l'animation de masse, en général  :

  • Pas de manichéisme, souvent outrancier.
  • Pas de personnages hors-normes dans leur morphologie et leur tenue.
  • Pas de personnalité enfantines ou adolescentes.
  • Pas de personnages stéréotypés (la cruche, le beau gosse mystérieux, la peluche de service, ...).
  • Pas d'emploi systématique de tournures modernes et du niveau de langage familier.
  • Pas de héros investis d'une mission sacrée contre diverses incarnations du Mal.
  • Pas de super-pouvoir (l'influence des "comics" est indéniable sur Nobuhiro Watsuki).
  • Pas de progression régulière des talents.
  • Pas de "happy end".
  • La souffrance et la mort ne sont pas des moyens faciles de distraction.


r.k.t.h. est pourtant très fidèle au manga pour les passages correspondants (cf note 1).


Contrairement au "manga" qui évolue dans sa bulle d'imaginaire, l'ambiance de "r.k.t.h." est réaliste. Les faits sont précisément reliés à l'Histoire. La guerre civile du Bakumatsu avec ses batailles, assassinats, trahisons et complots oblige à un ton nettement plus mystérieux et surtout sombre. Ce qui provoque une immersion qui permet d'être plus sensible à chacune des destinées des protagonistes. L'ambiance est ainsi proche de "Jin roh" ou du "Tombeau des lucioles".


"r.k.t.h." se déroule à Kyoto, la capitale du Japon à cette époque et ses alentours. L'époque est antérieure que celle du "manga", autour de la première année de l'ère Genji (1864 de notre ère). Le contexte historique est évidemment celui du Bakumatsu, une période d'affrontement entre deux visions du Japon, celle des fidèles aux shoguns Togugawa et celle des partisans de l'empereur du Japon.


Malgré la probable pression commerciale sur le "mangaka", il a réussi à créer une superbe galerie de personnages. Vous allez enfin connaître Himura en assassin (d'ailleurs qu'est-ce qui le distingue alors des bandits de son enfance ?). Vous allez retrouver également d'autres personnages (cf note 2). En particulier, Seijuro Hiko, fidèle à lui-même. Mais ici, la relation maître-élève se situe dans le cadre d'une école traditionnelle, non d'arts martiaux mais militaire, et elle est particulièrement mise en valeur. Les nouveaux personnages sont bien intégrés au contexte historique. Ce qui accentue le réalisme.


Le traitement de la culpabilité intérieure d'Himura (un thème réputé rare dans la culture japonaise), de la responsabilité individuelle et de l'usage de la violence se retrouvent magnifiés. Les personnages sont en permanence confrontés à des choix aux conséquences aussi irréversibles qu'implacables. Les sensations d'éphémère et d'irrémédiable dominent. L'enseignement sur la vie et la mort qui était occulté dans le "manga" est ici nettement mis en valeur par le parcours de Kenshin.


La psychologie aussi complexe et torturée des principaux protagoniste est rare dans un "anime". Le passé des deux amants en devenir, Kenshin et Tomoe, est présenté par petites séquences pour permettre une meilleure compréhension de ces deux caractères. La complexité de la psychologie est du niveau de celle de la situation du Japon à cette époque. La plupart des personnalités sont aussi teintées d'idéalisme et d'utopiste mais aussi réfléchies et pragmatiques. Fini les coup de tête et les grands éclats de voix. Presque aucune fanfaronnade et peu d'humour bon enfant. Les motivations récurrents dans "Rurouni Kenshin" comme la haine, l'appât du gain ou soif de pouvoir jouent toutefois leur rôles. L'évolution mentale des personnages est clairement en mouvement dans cet environnement oppressant où règne la folie de la guerre. La mort omniprésente mais sans mise-en-scène outrancière. Les personnages sont souvent exceptionnels mais crédibles. Ils gardent à une exception près des proportions physique réalistes.


Ici, les chemins se croisent et s'entremêlent à un tel points que même après plus d'une dizaine de séance DVD, une analyse complète et précise n'est pas possible. L'enchaînement des événements n'est pas évident mais la mise-en-scène permet de suivre les tenants et les aboutissants et d'observer finement les personnages. Les quatre O.A.V. forment réellement une oeuvre continue qui vous emporte pour deux heures de voyage et de dépaysement. Cet aspect est renforcé par les morceaux de musiques calmes et apaisantes et par la qualité des plans fixes sur les paysages qui n'ont probablement que pour seul but d'offrir quelques instants contemplatifs.


La structure sociale et les mentalités de l'ère Togugawa se font sentir à chaque instant. Citons pour éclairer le propos, la faible position de la femme et la structure sociale en classes. La violence n'est pas exhibé mais crue. C'est la guerre. La mort n'apporte aucun plaisir. Les techniques de combat ne sont pas du tout dans le style des jeux videos ou des comics avec leur coups spéciaux et leur approche artistique et exhibitionniste. Le sang est omniprésent avec même la symbolisation des menstruations de Tomoe. La maladie est enfin présente dans un "anime". Le traitement de la sexualité, de même pour la nudité, est par contre comme dans le "manga" plus que discret. Les relations sont très pudiques et policées et rares sont les insultes.


Bien qu'étant une série d'OAV donc avec des moyens nettement plus limités qu'un film d'animation pour la même durée, la qualité artistique est indéniable. La mise en scène est du grand art mêlant paisibles scènes de vie et scènes de combat de haut vol. La tonalité est sombre avec comme couleurs dominantes, le noir et le rouge. Elle est en accord avec le scénario. Les décors très détaillés et l'usage de plans tirés de films incrustés sont accord à le réalisme voulu sur tout les détails. Par contre, le style graphique des personnages est fidèle au "manga", fin et clair. Ces deux styles se mêlent pourtant harmonieusement. Il s'agit d'un grand moment d'animation.


Deux remarques : Les voix en VO sont excellentes mais les sous-titres français de l'OAV ne sont pas de la qualité souhaitable. Par contre, le doublage français est très bon. Dommage que la B.O soit si chère car la musique est un régal !


Ces OAVs retracent ces années charnières pour le Japon au travers d'une fiction intense et sublime et proposent un point de vue profond et réfléchi sur l'existence humaine. Bien sur, nombreux sont ceux qui préféreront la série originale pour son humour et son coté aventure mais il est clair que cette adaptation s'impose comme un des chefs d'oeuvre de l'animation. Le temps en apportera la preuve définitive.


Les OAVs sont un travail d'équipe. Car derrière les produits, il a des hommes et ce sont eux qui sont importants et non les compagnies. Et pour r.k.t.h., le travail original de Nobushiro Watsuki est subliment mis en valeur : l'essence du combat et la recherche de paix.


Oui, la Japanimation comporte des chefs d'oeuvres, c'est indéniable. Et même si la production de masse masque ces oeuvres, les sensations et la réflexion qu'il génèrent inaltérées au cours du temps en est la preuve qu'elles sont des trésors à faire connaître au plus grand nombre.


Note 1 : Les passages du manga qui se retrouvent dans ces O.A.V. (référence à la version française aux éditions Glénat)

  • Tome 10 pages (p.) 179 (les p. 177 à p. 183 sont repris indirectement)
  • Tome 12 p. 8 à 11
  • Tome 12 p. 44 à 49
  • Tome 19 p. 127 à 185
  • Tome 20 p. 9 à 61 et p. 81 à 196
  • Tome 21 p. 7 à 51


Note 2 : Liste des personnages commun à l'O.A.V. et au manga :

  • Himura Battosaï
  • Seijuro Hiko
  • Hajime Saïto
  • Makoto Shichio
  • Enishi Yukishiro
  • Mumyôi Yatsume